Prévention
On fait le poids que l’on peut et non le poids que l’on veut !

Gérard Apfeldorfer, psychiatre spécialisé dans l’étude des comportements alimentaires met en avant les effets nocifs des régimes à la fois sur le corps et sur le psychique dans son livre Mangez en paix (éd Odile Jacob, 2011).
Les propositions de régimes sont multiples.
Existe-t-il une méthode efficace ?
Il faut savoir que les régimes amaigrissants, en particulier les plus médiatisés et donc les plus pratiqués, ne s’avèrent pas efficaces sur le long terme. Une étude réalisée par l’Anses en novembre 2010 montre que sur 10 personnes ayant suivi un régime, 9 reprennent du poids dans une période de 3 à 4 ans. Mais en plus de leur inefficacité, ces régimes ont pour effet de déstructurer l’équilibre alimentaire et sur un plan psychique de mettre en cause l’estime de soi jusqu’à provoquer des états dépressifs.
Existe-t-il un poids idéal défini comme l’indice de masse corporelle (IMC) par exemple ?
Le poids idéal correspond à des données portant sur des populations. En ce sens, il ne peut être transposé de manière individuelle. Le poids d’une personne dépend de sa génétique et de son histoire personnelle. On fait le poids que l’on peut et non le poids que l’on veut. Le surpoids et l’obésité sont des problèmes complexes pour lesquels il n’existe pas de solution simple ni rapide contrairement à ce que certains régimes, médicaments ou coupe-faim laissent espérer. On sait aussi que plus on fait de régimes et plus il est difficile de perdre du poids. Notre conseil est donc : ne faites surtout pas de régime !
Quelle solution proposez-vous à ceux qui ont pourtant besoin de perdre du poids ?
Notre approche prend en compte les différents facteurs à l’origine des troubles alimentaires en agissant sur trois plans. Il s’agit de retrouver les sensations alimentaires comme manger quand on a faim et savoir s’arrêter lorsque l’on est rassasié. De ne pas s’interdire les aliments « sympathiques », diabolisés, ceux que l’on ne mange pas car ils entraînent de la culpabilité, comme une mousse au chocolat en guise de dessert. Nous travaillons aussi sur les aspects psychologiques et émotionnels : il faut comprendre les circonstances qui font manger sans faim et sans fin, et apprendre à répondre à ses difficultés de vie autrement que par la nourriture ! Enfin, un travail de mise en mouvement physique aide à retrouver les sensations et à faire la paix avec son corps. Cette méthode nécessite un travail important et accompagné. Les enfants sont de plus en plus touchés par les problèmes de poids.
Que préconisez-vous pour éviter cela ?
Il faut véritablement apprendre aux enfants à manger, c’est-à-dire les aider à apprécier les aliments, à former leurs goûts, à être à l’écoute de leurs sensations alimentaires et à les respecter. On peut leur expliquer et leur montrer qu’on ne mange pas du chocolat comme on mange une salade... Il ne faut pas oublier qu’un enfant se développe en grandissant à certaines périodes, puis en prenant du poids à d’autres, mais ces phases ne s’opèrent pas en même temps. Il est donc important d’éviter de créer à cet âge une pression trop forte concernant un léger embonpoint par exemple.
Vous êtes co-fondateur de l’association « Gros ». Que propose-t-elle ?
Gros est un regroupement de professionnels et de spécialistes des questions de santé liées à l’alimentation. L’association est un lieu de réflexions, d’échanges et de formations. Elle a été créée en réaction à la prise en charge des problèmes d’obésité par la réponse unique des régimes. Nous étions alors des précurseurs en proposant une approche plus transversale. L’étude de l’Anses valide aujourd’hui notre démarche et nous formons des praticiens à notre méthode.

Quelques conclusions de l’Anses
La recherche de perte de poids par des mesures alimentaires ne peut être que justifiée pour des raisons de santé. Cette démarche doit faire l’objet d’une prise en charge par des spécialistes. L’Anses rappelle que rien ne peut remplacer, en termes de santé, une alimentation équilibrée, diversifiée, en veillant à ce que les apports énergétiques journaliers ne dépassent pas les besoins. Pour réduire les risques de prise de poids, l’évolution des habitudes alimentaires doit être associée à une activité physique régulière.
En savoir plus : www.anses.fr



