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Télémédecine : « allô, docteur ? »

Télémédecine : « allô, docteur ? »

Depuis l’automne dernier, la télémédecine fait l’objet de discussions, réflexions et négociations. Remède prôné par le gouvernement contre la désertification médicale, elle pourrait bien s’imposer à l’avenir dans notre quotidien. Une évolution sans doute incontournable mais, plus certainement encore, assez complexe.


Le souhait de la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est clair : « inscrire la télémédecine dans le droit com­mun. » Pourquoi ? Pour respecter le budget de la Sécurité Sociale défini pour le premier quinquennat du Prési­dent Emmanuel Macron. Comment ? En ajoutant la télémédecine à la liste des actes remboursés par la Sécurité Sociale. Et l’ambition affichée par le gouvernement se traduit en chiffres puisqu’il s’agit d’atteindre au moins 1,3 million de téléconsultations d’ici 2021.

Une cabine de consultation à distance

Non, il ne faudra pas prendre peur en entrant dans cet objet plutôt étrange : une cabine équipée d’une trentaine d’instruments de mesure high tech dont la mission est tout bonnement de vous ausculter comme un médecin. Inventée par une société française, cette cabine de téléconsultation permet de mener une consultation prise en charge par les complémentaires santé au tarif classique de 25 €. Une certitude : il va sans doute falloir s’habituer à s’allonger dans ce drôle de cabinet médical car, depuis 2016, une bonne quarantaine de cabines ont été installées, souvent dans des pharmacies, et le déploiement devrait s’amplifier.

Une perspective séduisante

Indéniablement, la télémé­decine présente des avan­tages de taille. Présentée par les pouvoirs publics comme un remède efficace contre la désertification médicale, elle permettrait aussi de désengor­ger les cabinets médicaux – les médecins de ville se plaignent fréquemment de leurs jour­nées à rallonge et nombreux sont ceux qui n’acceptent plus de nouveaux patients – ainsi que les urgences hospitalières, trop souvent sollicitées inutile­ment.
Par ailleurs, la télémédecine re­présenterait un gain de temps conséquent pour toutes les parties prenantes et permet­trait au patient, notamment lorsqu’il est un enfant ou un senior, de rester dans son envi­ronnement familier – et donc rassurant.
Quelques partisans de la télé­médecine avancent également l’argument du respect de l’ano­nymat, certaines consultations pouvant être menées sur la base de questionnaires précis, sans image vidéo et sans men­tion de l’identité du patient.


L’argument financier

Enfin, pour le gouvernement, la dimension financière constitue une motivation majeure pour favoriser le développement de la médecine à distance. Elle permettrait effectivement de réaliser des économies subs­tantielles : d’après un rapport de la Cour des comptes, « les enjeux financiers sont estimés par certaines études à 2,6 mil­liards d’euros par an », et ce uniquement pour les hospita­lisations et les transports sani­taires évitables.


Et la qualité des soins ?

Pourtant la méfiance reste encore de mise, autant côté patients que côté praticiens de santé. D’abord parce que la télémédecine semble altérer la relation entre patient et mé­decin : un écran peut-il rem­placer le traditionnel face-à-face dans le cabinet médical ? Ensuite, parce que le dévelop­pement de la télémédecine implique que les profession­nels de santé investissent dans le matériel nécessaire et qu’ils soient formés à son utilisation : comment et avec quel budget cela sera-t-il financé ? Par ail­leurs, qui dit télétransmission de données dit connexion internet performante. Or le territoire français comporte encore de nombreuses zones blanches ou grises où le débit est loin d’être suffisant pour garantir une liaison de qualité.
Enfin, comme en attestent les négociations entamées en janvier dernier entre la Caisse nationale d’assurance maladie et les cinq syndicats représen­tatifs des médecins libéraux, les réticences concernent aussi la rémunération des médecins et les modalités pratiques de la télémédecine, véritable révo­lution des usages tant pour le professionnel de santé que pour le patient.
Quels que soient les arguments avancés, la télémédecine ne saurait cependant renier ce qui la fonde : la médecine, avec sa qualité de soins et la rela­tion établie entre un médecin et son patient. La technologie, aussi utile soit-elle, doit rester un moyen à son service.

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